14 h 05 - Nous laissons Solène et Esther dans la salle de danse, la leçon va commencer... Elles préparent avec beaucoup d' enthousiasme le Gala du 19 juin... Arnaud (5 ans) et moi avions une heure devant nous...
- Si on allait faire un petit tour dans les rues de Châteaugiron ?
- Oh Oui ! On va visiter le château, là où il y avait de l' eau, au temps des chevaliers !
Arnaud s' arrête de sautiller, met ses bras autour de moi, sa joue contre ma main, et me dit, d' une façon qui n' appartient qu' à lui... "ma grand'mère"... ! Moi, je fonds de tendresse ! Je le prends dans mes bras, un gros bisou... et le repose à terre pour qu' il puisse sautiller de nouveau... Quel amour cet enfant !
Il se met à courir. Je le suis, en marchant vite... Soudain, il s' arrête net, et me montre du doigt une grande et vieille porte fermée.
- Le panneau rond, bleu, avec des traits rouges comme ça... (il dessine avec ses mains) ça veut dire qu' on n' a pas le droit d' entrer ?
- Ce panneau là veut dire : interdiction de stationnner devant la porte.
- "Stationner"... Ca veut dire quoi ?
- S' arrêter, se garer...
- Même un vélo ?
- Un vélo ne serait pas trop gênant, mais, peut-être bien... oui, même un vélo !
Il se penche un peu sur le petit pont qui enjambe le fossé du château, et me raconte :
- Tu vois, avant, au temps des chevaliers, et bien le fossé était PLEIN d' eau ! Ils sont où, les chevaliers, maintenant, grand'mère ? Ils sont partis ?
- Oui, mon chéri, ils sont partis... Tu viens ? Tu m' emmènes visiter Châteaugiron ? Je voudrais bien voir des vitrines de magasins de vêtements, tu sais où il y en a ?
- Oh OOouuiii !!! On va aller à SUPER U ! A SUPER U, Il y a plein de vêtements pour les mamans et les grands-mères !
- C' est trop loin, à pieds, mon Arnaud. Nous ne serons pas revenus à temps pour tes soeurs !
- Mais Siiii ! Ce n' est pas loin du tout ! Avec maman, on y va tout le temps ! Il y a des tas de choses !
- Attends, montre-moi d' abord où sont les magasins de Châteaugiron, s' il te plaît !
- Mais SUPER U... c' est à Châteaugiron !
Nous sortons du domaine du château, et débouchons dans une petite rue. Tout de suite, j' aperçois une boutique de vêtements.
- Regarde, c' est joli ça !
- Oh non ! C' est nul ! C' est pas beau du tout ! Et puis, il n' y a même pas de jouet !
- Tu connais une autre boutique ?
- OOooouuuiiii ! A SUPER U, il y a plein de vêtements de toutes les couleurs pour les grands'mères ! Il y a même des petits jouets ! C' est bien Super U ! Allez, viens grand'mère ! Et je vais te montrer l' église qui a été cassée par la tempête...
Il me prend la main et me tire en avant... Alors,nous partons tous les deux, l' un suivant l' autre, car le trottoir était un peu étroit.
- Tu crois que c' est le bon chemin ?
- Oui ! Par là, on va à Super U.
- Mais on ne va pas à Super U mon Arnaud !
- Mais Siiii !
- Ecoutes : nous n' avons pas assez de temps, tu comprends ?
- Si Grand-mère, on a le temps ! Ce n' est pas loin !
- Mais nons, mon petit bonhomme, ce n' est pas possible ! Allez, on va faire demi-tour. Tiens ! Elle est par là
l' église ! Tu m' y emmènes ?
Arnaud accepte enfin de faire demi-tour, et nous revenons vers le centre ville.
- Ah oui ! C' est ça la bonne direction, me dit-il, bien content finalement.
Nous marchons d' un pas tranquille, et arrivons, en touristes, sur la place de l' église. Le bâtiment est entouré d' échafaudages et de barrières.
- C' est défendu d' entrer, me dit Arnaud avec gravité, parce que c' est dangereux.
- On retourne vers le château maintenant ? Solène et Esther ne vont pas tarder à sortir...
Dans le hall du château, un grand tableau, à la mémoire des soldats de 14-18 occupe tout un pan de mur.
On y voit notament un "Poilu", en capote bleu-horizon, grandeur nature.
- Regarde, Grand'mère : un chevalier !
- Presque mon Arnaud ! En réalité, c' est un soldat du temps de la guerre.
- Ce n' est pas un soldat, c' est un militaire !
Cette rectification apportée avec force et conviction ne reçut pas de contradiction...
Nous avons grimpé en silence le grand escalier, pénétré dans la salle où nous avons sagement attendu
l' ouverture de la porte qui ferait apparaître nos deux danseuses...
Nous sommes rentrés tous les quatre, par le chemin des écoliers, le chemin des chevaliers...
Sur les traces des ponts-levis imaginaires qu' Arnaud recréait pour ses soeurs...